Quand on lance son entreprise, on pense au chiffre d’affaires, aux clients, à la trésorerie. Rarement à cette question : que se passe-t-il si, demain, je ne peux plus travailler ?
Pourtant ce risque n’arrive pas qu’aux autres. Une maladie, un accident, un arrêt qui s’installe. Le salarié a un filet de sécurité collectif. Le chef d’entreprise, lui, est seul face à ce risque.
Lors d’une récente rencontre au sein du Club, nous avons fait le point sur ce sujet trop souvent relégué au second plan. Le chiffre donne le vertige : seuls 20 % des chefs d’entreprise ont engagé une réflexion sur leur prévoyance. Et parmi eux, la moitié serait mal couverte.
Concrètement, neuf dirigeants sur dix avancent aujourd’hui sans véritable protection.
Ce constat est d’autant plus frappant qu’il contredit nos habitudes. On assure sa voiture, son logement, son matériel professionnel. Tout ce qui a une valeur marchande. Mais notre propre capacité à travailler, qui est pourtant la source de tous nos revenus, reste le plus souvent totalement découverte.
Voici, risque par risque, ce qu’il faut savoir. Et ce que la prévoyance permet de corriger.
1. L’arrêt de travail : un filet de sécurité loin de compenser votre revenu réel
Maladie, accident : en cas d’arrêt, la Sécurité sociale prévoit un délai de carence de trois jours. Les indemnités démarrent au quatrième jour. Elles sont versées pendant 360 jours maximum, sur une période glissante de trois ans.
Le problème, c’est le plafond.
Président de SAS ou SAS ? Vous relevez du régime général. Votre indemnité journalière est plafonnée à 41,95 € bruts. Et vous ne bénéficiez pas du complément que l’employeur verse habituellement aux salariés en arrêt.
Gérant majoritaire de SARL, artisan, commerçant ? Le plafond est un peu plus élevé : 65,84 € bruts par jour.
Profession libérale ? Un régime plus favorable, jusqu’à 197,51 € par jour. Mais seulement pendant 90 jours. Au-delà, chaque caisse de prévoyance applique ses propres règles.
Prenons un cas concret. Un dirigeant qui gagne 4 000 € bruts par mois, arrêté 30 jours.
| Statut | Indemnité perçue | Perte de revenu |
| Président de SAS | environ 1 133 € | plus de 70 % |
| Gérant de SARL (TNS) | environ 1 775 € | plus de 50 % |
Autrement dit : plus vous gagnez votre vie, plus l’écart avec votre indemnisation se creuse. Et pendant ce temps, les charges fixes de l’entreprise continuent de courir.
La solution. Un contrat de prévoyance complémentaire comble cet écart. Il peut maintenir jusqu’à 100 % de votre revenu habituel et prolonger l’indemnisation au-delà des 360 jours du régime obligatoire.
2. Invalidité et incapacité : quand l’arrêt devient durable
Passé l’arrêt temporaire, deux situations existent.
L’invalidité, quand la maladie ou l’accident n’a rien à voir avec le travail. L’incapacité, quand c’est justement un accident du travail ou une maladie professionnelle.
Pour l’invalidité, la pension dépend de votre capacité à reprendre une activité.
- Activité réduite possible : pension plafonnée à 1 200 € par mois. Le plafond est identique pour un président de SAS et pour un TNS.
- Aucune activité possible : la pension grimpe à environ 2 003 € par mois pour un président de SAS. Pour un gérant de SARL, c’est un forfait fixe de 747 € par mois, quel que soit votre revenu antérieur.
- Besoin d’une aide au quotidien : une majoration de 1 288 € s’ajoute, pour un président de SAS.
Pour l’incapacité, la Sécurité sociale verse soit un capital, soit une rente.
Si le taux d’incapacité reconnu par le médecin de la CPAM est inférieur à 10% vous recevrez un capital unique compris entre 480 € et 4 795 €.
Si le taux d’incapacité est supérieur ou égal à 10%, c’est une rente viagère qui sera versé, exonérée d’impôt sur le revenu.
Attention, si vous êtes TNS (gérant de SARL), cette rente n’est pas automatique : il faut avoir souscrit, en amont, une assurance volontaire.
Un point mérite d’être souligné : Plus on souscrit tôt à une prévoyance complémentaire, mieux on est protégé.
Et on évite le questionnaire médical approfondi qui s’applique aux souscriptions tardives, celui qui peut mener à des exclusions de pathologies, voire à un refus. Une fois assuré, en revanche, on reste couvert.
La solution. Une rente invalidité complémentaire, calibrée sur votre revenu réel et non sur un plafond de Sécurité sociale, avec, souvent, une option d’exonération de cotisations de cette prévoyance complémentaire pendant l’arrêt.
3. Le décès du dirigeant : protéger ses proches, pas seulement l’entreprise
Le régime obligatoire prévoit un capital décès. Son montant surprend souvent.
4 009 € pour un président de SAS en activité. 9 612 € pour un gérant de SARL en activité. Seulement 3 844 € s’il est retraité.
Et ce capital n’est pas versé automatiquement. C’est aux bénéficiaires d’en faire la demande, dans un ordre précis : le conjoint marié ou le partenaire pacsé en priorité, puis les enfants, puis les parents.
Face aux enjeux réels d’un décès, maintien du niveau de vie des proches, dettes professionnelles, poursuite ou cession de l’entreprise, ce montant semble dérisoire.
Un sujet qui concerne particulièrement les entrepreneurs LGBT+.
Sans conjoint marié, sans partenaire pacsé, sans testament, ce sont vos parents qui héritent. Pas votre partenaire de vie si vous n’êtes ni marié ni pacsé. Pas l’ami qui vous a soutenu pendant des années. Pas la personne que vous auriez spontanément désignée.
C’est là que la prévoyance décès change la donne, sur deux plans.
La liberté du bénéficiaire. C’est vous qui désignez qui percevra le capital. Conjoint, partenaire, ami, association. Que vous soyez marié, pacsé, en concubinage ou célibataire. La clause bénéficiaire ne dépend d’aucun statut légal du couple.
La fiscalité. C’est le point le plus significatif. Prenons l’exemple d’un capital de 400 000 € transmis à un concubin, hors mariage et hors PACS.
En succession classique, pour une personne qui n’a aucun lien de parenté ou votre concubin ou concubine, l’abattement n’est que d’environ 1 600 € et le taux de taxation atteint 60 %.
Résultat : environ 239 000 € sont prélevés par l’État, et 161 000 € seulement reviennent au bénéficiaire.
Via un contrat de prévoyance décès, l’abattement est de 152 500 € par bénéficiaire, quel que soit le lien de parenté.
Au-delà, la taxation est de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % ensuite (à condition que les cotisations aient été versées avant vos 70 ans).
Résultat : environ 350 500 € reviennent au bénéficiaire. Soit un écart de près de 190 000 €, pour la même somme, versée à la personne de votre choix.
Une différence qui concerne au premier chef les couples non mariés et non pacsés. Une situation qui reste fréquente pour environ 35% des personnes LGBT qui vivent en concubinage.
Deux logiques de capital décès existent, pour construire cette protection.
La prévoyance où l’on cotise chaque mois un montant au regard d’un capital qui sera versé au bénéficiaire désigné en cas de décès, avec une cotisation qui augmente avec l’âge.
Ou, une prévoyance à capital programmé, où l’on fixe un montant cible réparti sur une durée définie. Une fois la période écoulée, le capital est acquis, même si l’on cesse de cotiser.
4. Une entreprise qui doit continuer à vivre
Deux leviers permettent d’anticiper la continuité de l’activité en cas d’arrêt prolongé ou de décès du dirigeant.
L’assurance homme clé verse un capital à l’entreprise, calibré sur ses charges et ses besoins, pour lui donner le temps de se réorganiser.
La gouvernance anticipée, elle, se prépare avec un avocat ou un notaire : mandat de protection future, clause de continuation, pacte d’associés. Des outils encore trop souvent absents des statuts.
5. L’angle mort des entrepreneurs LGBT+ : la dépendance
Tous ces risques, arrêt de travail, invalidité, décès, convergent vers une même question : qui prendra soin de moi si je ne peux plus être autonome ?
Pour une partie importante d’entre nous, sans enfants, cette question ne trouve pas de réponse automatique. Elle appelle une réflexion et une préparation spécifiques, pour rester autonome financièrement et continuer à vivre selon ses propres choix, y compris en établissement spécialisé le moment venu.
Ce sujet met naturellement une forme de stress quand on l’aborde de front. C’est normal. Et c’est précisément pour cela qu’il ne doit jamais être traité à la légère, ni comme un prétexte à la vente d’un produit.
La bonne méthode : commencer par une prise de conscience, puis construire, dans un second temps, une réponse adaptée à sa situation. Retraite, prévoyance, patrimoine, finances. Un équilibre d’ensemble, jamais une solution isolée.
En pratique : par où commencer ?
Trois questions pour amorcer votre réflexion :
- Si je ne peux plus travailler demain, comment je conserve mon niveau de revenu ?
- Si je disparais demain, qui protège mes proches, et lesquels ?
- Mes statuts prévoient-ils les outils nécessaires pour que mon entreprise continue à fonctionner sans moi ?
Si vous souhaitez faire le point sur votre situation, vous pouvez contacter,
- Michael Vilvandre (Gan Patrimoine) – 07 89 02 78 68 – vilvandrem@gmail.com
- Joël Bayoguino Ntang (AXA) – 06 61 08 69 31 – joel.boyoguinontang.a2p@axa.fr
membres du club et spécialistes du conseil aux indépendants et dirigeants d’entreprises.

